Lettre (et souvenirs) à Lydie N°1
Mamie,
Je suis vraiment désolée, j'ai mis un peu de temps avant de revenir te parler par ici.
Si tu voyais tout ce qu'il se passe dans le Monde, et en même temps, toi qui a vécu plus de cent ans tu en a vu des choses, comme les allemands qui réquisitionnent ta maison par exemple! Pour nous c'est inédit, et c'est pas mal déprimant par moments, c'est la deuxième fois que je me retrouve confinée avec ma petite famille, et cette fois-ci je n'arrive pas trop à le supporter. Je n'en dis pas plus, car aujourd'hui nous n'avons plus trop le droit de nous plaindre sans que cela déclenche de l'animosité. J'ai eu une petite phase compliquée et puis tu me connais, ça fini par passer et je reprends du poil de la bête.
Il y a quelques jours, j'ai lu un roman et j'ai tant pensé à toi que je me suis dit qu'il fallait que je revienne écrire par ici!
Ce roman s'appelle La révérence de l'éléphant, on y rencontre Marguerite, pensionnaire d'un EPHAD. Je n'ai pu que me remémorer ces moments où nous te rendions visite dans ta maison de retraite. Il aura fallu une chute pour qu'autour de toi soit décidé de t'y placer et de devoir dire au revoir à ta belle maison. J'étais trop jeune pour comprendre ce que cette dernière étape de ta vie signifiait. Je croyais même naïvement, que tu allais bientôt revenir chez toi et que nous pourrions reprendre nos vacances ensemble.
Toi à Nevers, nous en région parisienne, nous n'arrivions pas à te voir autant qu'avant...nous t'avions beaucoup au téléphone, c'était au moins ça.
As tu souffert de solitude? Savais tu que ça serait ton dernier chez toi ? Toi, si épanouie dans ton si joli foyer, acceptais tu moralement de te retrouver dans cette unique chambre aseptisée, avec pour seuls souvenirs les quelques meubles que tu as pu emporter? J'aurais aimé me rendre compte de tout ça à l'époque...
Nous venions te rendre visite, en général pour une journée incomplète puisque nous devions faire l'aller retour... Tu étais si heureuse, tu avais annoncé la bonne nouvelle à tout le monde avant que nous arrivions. Le personnel avait dressé une table spéciale pour nous recevoir, dans une salle dédiée aux familles et nous avions le droit de goûter aux mets du "chef" de la maison de retraite.
Comme à la maison, tu servais avec parcimonie le jus de raisin réservé aux adultes car attention, le vin n'était pas pour les enfants. Et cela nous faisait tant rire. Nous discutions, riions, tu étais heureuse de nous avoir auprès de toi. Tu restais chic en toutes circonstances avec tes jolis chemisiers, tes colliers et bracelets.
Puis nous passions le reste de la journée dans ta chambre, tu as même voulu garder l'une de mes Barbies qui avait élue domicile sur le dessus de ta vielle TV. Tu nous montrais, heureuse, la vue: chanceuse car elle donnait sur la cour de récréation d'une école maternelle. Cela te rappelait tes arrière-petites-filles.
Malheureusement le temps passait trop vite, il fallait se dire au revoir... Je revois ta silhouette, celle que j'observais une dernière fois en étant dans la rue: toi à la fenêtre de l'étage nous disant au revoir...l'envie de pleurer était forte Mamie tu sais, te quitter c'était toujours très difficile que ce soit après les vacances ou après nos visites.
Je n'oublierai jamais ce joli moment entre toi et moi, je ne sais pas où se trouvaient les autres mais dans le couloir face à ta chambre, tu m'a donné une pièce de 10 Francs me faisant promettre de ne la montrer à personne. Tu étais tellement adorable comme une petite fille en train de faire des cachotteries. Et tu sais quoi? Je ne l'ai dis à personne...et pendant tout le trajet en voiture j'ai gardé précieusement mon trésor entre mes mains, jusqu'à que la pièce devienne chaude. Il me semble que je suis allée m'acheter des bonbons avec! Si j'avais su, je l'aurais gardée, pour toujours.
Et puis, il y a la dernière image...celle que l'on préfère oublier ou ne jamais avoir vue. Celle qui après l'appel qui fait mal nous fait nous précipiter. Celle qui prouve que tout est fini. Et pourtant toujours aussi belle Mamie. Mais
ce n'est pas celle-là dont je garde le souvenir. Je préfère ton rire et ton sourire le jour de la pièce de 10 euros, ce moment secret rien qu'à nous.
Cela me fait du bien de t'écrire comme cela, mais promis je reviendrai avec d'autres beaux souvenirs dans ta si jolie maison, il y en a tant!
Tu me manques.
A très vite!
Tiffany
Ce texte m'émeut beaucoup, encore davantage que les autres, et je ne sais dire pourquoi. Tous ces moments, tous ces souvenirs, finalement composés de pas grand chose, de rien d'extraordinaire, de simplicité,... Mais n'est ce pas dans ces instants finalement que se trouvent le bonheur et l'amour dans toute sa pureté. En cette période, où nous sommes justement en train de vider la maison de famille que nous avions, dans laquelle ma mamie a été élevée et a grandit, dans laquelle nous nous retrouvions tous chaques vacances, tes mots résonnent en moi plus que jamais. Et j'essaye de faire en sorte comme toi de garder que le positif de cette nostalgie et non la tristesse et la douleur que l'on peut y associer. Merci à toi pour ces mots qui réconfortent.
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